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La distanciation sociale renvoie ces jours-ci à une des mesures-barrière incontournables, prônées par les autorités de santé pour lutter contre un virus malin. Mais ce concept peut aussi évoquer certains comportements de classe vis-à-vis d’autres. Un exemple cinématographique éclairant, une pépite peu connue: The boys, de Sydney J. Furie.

Un huis-clos haletant

Ce film raconte un procès, celui de quatre jeunes gens, âgés de 16 à 22 ans, accusés d’avoir tué un gardien de nuit dans un garage pour voler la caisse. Le procureur fait un réquisitoire à charge qui énumère tous les stigmates sociaux qui pointent la classe dangereuse à laquelle ils appartiennent. Que ce soit par les vêtements qu’ils portent, leur coupe de cheveux (longs), la manière familière dont ils parlent, leurs loisirs (aller au pub, jouer au billard, traîner dans la rue) ou leur lieu d’habitation (des immeubles mal entretenus situés dans des quartiers populaires), ces jeunes suscitent spontanément l’aversion des bourgeois et des notables anglais. D’entrée de jeu, ils sont suspects. Et le déroulé des faits, témoignages à l’appui, semble conforter ce déterminisme social.

Le procès d’une société bien-pensante

Bien qu’un peu butés et inconscients, les jeunes gens vont suivre les conseils de leur avocat, brillant dans sa plaidoirie ironique et distanciée, positionnant le procès comme celui d’une classe sociale dans une société étriquée et conservatrice.
Et d’un coup, les faits sont revisités à la lueur du contexte et de la situation personnelle de chacun des acteurs, en relation avec sa famille et ses amis.

On est dans les années 1960, et chacun occupe une place bien déterminée dans la société anglaise. La violence est canalisée et les peines traduisent une hiérarchie morale : l’emprisonnement à vie sanctionne le meurtre sans préméditation, sous le coup de la colère, de la passion ou du hasard. La peine de mort sanctionne le crime d’argent. Or ces jeunes gens survivent avec un misérable salaire qui ne leur permet pas d’inviter les filles au bal ou de rentrer en bus dans leur banlieue mal desservie.

La peur de l’autre et de son comportement

Les jurés incarnent la peur des incivilités, des apostrophes provocantes, des tenues de voyous. Peu leur chaut les mères malades dans des appartements insalubres, les pères au chômage, les petits frères désoeuvrés, la saleté et le manque de services publics dans certains quartiers. Comment préserver la société de ces jeunes gens qui aspirent à une autre vie. Quelle distanciation sociale mettre en place pour ce faire ?

La distanciation sociale: à prendre au sérieux, sans excès

Alfred Hitchcok nous présente un autre type de distanciation sociale avec son film La corde. Deux jeunes américains, mais cette fois issus de milieux favorisés, tant intellectuellement qu’économiquement, commettent un crime. Pas de mystère : le film commence avec le meurtre. Le suspense vient d’ailleurs: qui devinera la vérité ? Pourquoi ont-ils commis cet acte affreux ? Quelle place pour l’élite, les « élus » dans une société trop remplie d’êtres inutiles ? L’influence des maîtres à penser peut induire des dérives mal contrôlées. Le cynisme de l’un d’entre eux, en particulier, renvoie-t-il à une personnalité psychotique ou bien au fonctionnement d’une certaine classe sociale préservée et amatrice de sensations ou de concepts inédits.

En ces temps de confinements, le cinéma peut procurer une réflexion sur d’autres formes de distanciation sociale. Utile peut-être pour penser également la société lorsqu’elle est soumise à un stress intense et durable…