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#cinema #ZahiaDehar #UneFilleFacile

Une fille facile, film de Rebecca Zlotowski convainc par sa fluidité, la finesse du regard porté sur l’adolescence et les écarts de classe.

Zahia Dehar, grande cousine très libérée de Naïma, vient passer l’été avec elle, à Cannes. Elle incarne le rêve d’une vie riche de sensations, aisée, facile, et légère. Son impudeur naïve lui vaut le rejet de ses consoeurs et le regard concupiscent des hommes.

Elle assume un corps très refait, assez irréel, et en joue pour arriver à ses fins: passer d’excellents moments, en bonne compagnie, et dans un cadre magique. Elle surprend aussi ses proches ou le spectateur par son langage, désuet, et cultivé. Si elle n’a pas  ou plus d’illusions, elle peut en revanche être blessée, si on la méjuge par exemple.

A travers le regard de Naïma, qui la suit presque partout, on perçoit la version moderne d’une lutte des classes, en 2019. Les deux jeunes filles ne sont tolérées à bord d’un yacht ou à un dîner au restaurant chic, que parce que l’une séduit le propriétaire, l’autre parce qu’elle est jeune et invisible. Le personnel de service, bien que corvéable à merci, protège son employeur et affirme sa supériorité de statut, en disposant des codes de ce milieu.

La candeur gentille avec laquelle Zahia Dehar répond aux questions de Clothilde Courau, richissime habitante de cette enclave géograhique privilégiée, désarçonne les personnages et les spectateurs! Elle rend plus évidente le grand écart entre l’héroïne et cette femme au statut social enviable, mais plus âgée, méprisante et dangereuse. Jalouse de la jeunesse, cette dernière « pique » par dépit (comment une « fille facile » peut-elle connaître et placer à bon escient des références à Marguerite Duras !?), mais se fait prendre à son propre jeu.

Le film aborde bien des tabous: celui du plaisir sexuel décomplexé, celui de l’argent qui achète tout, y compris des petites jeunes filles, l’irrespect comme la domination, culturelle et sociale. L’argent, écoeurant lorsqu’il est étalé pour en « mettre plein la vue » permet aussi de priver de liberté les individus, même si cela ne se voit pas au premier abord (je pense au « larbin » Philippe, qui présente à son employeur ses riches amis pour affaires. Jeune encore, Naïma souhaite simplement passer de belles vacances, admirer un mode de vie, une escapade en bateau, un dîner dans un grand restaurant, rêver à des amours merveilleuses…

Mais le manque d’humanité et de considération du riche magnat cubain lui ouvre les yeux sur le milieu dont elle est issue et qu’elle fréquente avec insouciance. Ecartelée entre l’appel d’un monde adulte brillant, tolérant en apparence mais impitoyable en profondeur, elle vit  l’été de ses 16 ans avec densité, et émotions complexes. Cette parenthèse lui permet de choisir, enfin, et en pleine conscience, son orientation professionnelle. Et de mieux comprendre comment, à sa manière, sa cousine se bat pour la liberté des femmes. Un film juste, dérangeant et à voir!

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