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L’Imagerie, Lannion

Le centre d’art photographique L’imagerie, à Lannion, en Bretagne, présente une exposition intitulée Nos pères. L’exposition confronte la vision de six photographes (dont deux femmes) sur l’idée du père, biologique ou tutélaire, symbolique, en lien direct avec le photographe ou anonyme.

La Conserverie, Metz

Pour la directrice de La Conserverie, à Metz, qui a effectué une sélection dans son fonds iconographique d’images vernaculaires, le père incarne, dans le quotidien comme en vacances, la stabilité, et structure la famille. Il répond au regard de l’épouse ou de l’aimé (e) au sens large. Il joue aussi, et cela renvoie aux multiples études sur le fonctionnement familial, qui attestent la capacité du père à se mettre à niveau des jeunes enfants pour rejoindre leur monde imaginaire. Ces images m’ont séduite instantanément, peut-être parce qu’elles ressemblent à celles de mes aïeux, très naturelles, peu posées, volées au temps qui passe.

Frédérique Aguillon

Frédérique Aguillon est partie réaliser le portrait d’un vieil homme, revenu au Maroc sur le tard, pour se sentir à nouveau dans le pays, dans les odeurs et la lumière de son enfance. Elle suit sa trace au quotidien pour mieux le saisir, et c’est un portrait d’une ville, d’un pays, d’un intérieur, attachant parce que pluriel, qui témoigne d’une appartenance multiple de cet homme à ce pays. Tel un vieux dandy, il se promène, canne au vent et panama écru, en costume impeccable de coton clair. Un homme digne, un chef de famille écouté et respecté. Un portrait quasi cinématographique.

Quentin Yvelin

Quentin Yvelin saisit l’image d’un homme en pleine force de l’âge, très beau, aux traits rudes mais sculpturaux, dans la forêt, en train de travailler de ses mains. Il monte ses images comme un plasticien, prolongeant la photographie par des affiches sur le mur et fait cohabiter natures mortes et portraits de l’acteur (on pense à Burt Lancaster). N’ayant pas totalement compris le propos de l’artiste, j’interprète à ma manière cette ode à un corps solide et touché par la labeur physique, ce personnage de père sans enfants visibles, ce postulat de père.

Taysir Batniji

Taysir Batniji nous fait découvrir les propriétaires de commerce ou leurs patrons actuels, grâce à leur portrait affiché dans les boutiques de Gaza. Une manière de raconter l’héritage, de rendre hommage au père fondateur, et aussi au temps qui passe (la boutique étant souvent en piteux état, ouverte par miracle ou en déshérence). L’image du père, comme les portraits politiques affichés dans les administrations dans les dictatures, observe la manière dont les affaires se font. A la fois protecteur des lieux et garant de leur devenir, le portrait de ces hommes permet de dévoiler une histoire en train de se faire, triviale et commune, mais aussi politique, par ce qu’elle donne à voir de leur environnement en guerre. En creux, des « pères » au sens éminemment symbolique.

Grégoire Korganow

Enfin, Grégoire Korganow met en scène des pères avec leur fils, et parfois la trilogie (grand-père/père/fils) en deux tableaux. Les photos en couleur, frontales, sur fonds neutre, des bustes dénudés, prises dans le monde entier, de tous âges, incitent à chercher la nature de leurs liens, les ressemblances physiques ou de posture. Chaque image peut commencer à raconter une histoire…

Post Scriptum: le lieu, ancienne manufacture, accueille le visiteur de manière étrange, avec une mise en scène de cactus géants sous une verrière très lumineuse. Il fait partie, comme le CRI des Lumières, du réseau Diagonal.