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Comme chaque année, je cours à Art Basel, LA foire d’art contemporain. Sa section Unlimited surprend parfois, séduit immanquablement et permet d’entrer dans l’atmosphère de le foire dès le premier jour. Prévue pour montrer des pièces gigantesques destinées à des collectionneurs ambitieux, elle assure le rabattage des mêmes collectionneurs vers les galeries à l’étage. La rentabilité financière est à ce prix.

UNE FOIRE QUI VOIT GRAND POUR CREER L’EVENEMENT

Quelques coups de coeur…

Phyllida Barlow

Phyllida Barlow : cette artiste britannique drape des mâts de tissus de couleurs vives et lestées de sable, tels des vestiges d’une manifestation… sans revendication ! Le monde entier et ses citoyens, de couleurs et d’origines différentes, s’y devinent rassemblés: une métaphore de la foire ou d’un appel à la tolérance?

Chris Burden: son ultime Hommage à Santos Dumont consiste en un dirigeable qui tourne dans la Messe, aérien et poétique mais sans but. L’aventure est belle mais elle tourne en rond. La pièce m’évoque un Panamarenko volant.

Gabriel Kuri, Shelter, 2011: cet artiste mexicain donne à voir un inventaire des maigres biens de réfugiés dans un camp de fortune. On y devine le sens du contingent, du temporaire et la possibilité de reconfigurer cet espace en très peu de temps. Dans le cadre d’une foire particulièrement florissante, cette installation rappelle, de l’intérieur, que le monde alentour se révèle compliqué et inhospitalier pour beaucoup. La fragilité des biens matériels et des possessions interroge l’amateur éclairé, passant d’une journée à Bâle, capitale culturelle de la Suisse.

Paolo Icaro: avec sa Forêt métallique, datant de 1967 et jamais montrée en Europe, l’artiste conquiert l’espace pour le transformer en sculpture. Depuis 1966 il décide que le lieu de son travail deviendra lieu d’expérience. Son oeuvre, labyrinthe de baguettes de métal, peintes maladroitement en vert acide, s’installe à la frontière de la sculpture, de l’architecture et de l’environnement.

DES PERFORMANCES SPECTACULAIRES OU DROLES

La performance de Donna Huanca, intitulée Bliss (Reality Check), fait percevoir la peau humaine (féminine en l’occurrence) comme source d’inspiration pour le peintre. Plusieurs couches et une densité de couleurs attire la concentration. Les femmes-performeuses se meuvent lentement. Le silence règne.

Donna Huenca, Bliss

Plus loin, la vidéo de Park Chan-Kyong, La forêt des citoyens, m’évoque la Danse macabre de William Kentridge, (déjà commentée sur ce blog). Comme dans les peintures de paysage, les spectateurs sont invités à marcher dans un couloir sombre en compagnie des esprits de la forêt. Un panoramique décrit cette procession de victimes d’accidents de l’histoire moderne coréenne. Le regard suit simultanément la procession à divers stades. L’inquiétude est palpable. Fascination et magie à la fois.

Phiippe Parreno amuse avec son sapin de Noël, Fraught Times. Pendant onze mois de l’année c’est une oeuvre d’art, et en décembre, c’est Noël!

Je me régale également avec la performance de John Baldessari, qui met en scène une « poupée » à perruque blonde avec son « chienchien » dans un environnement blanc épuré. Elle ne fait rien, s’assoit dans un canapé blanc, se lève. Les spectateurs la regardent, et contemplent la vacuité d’une existence en apparence glamour mais vide. Un miroir des excès de l’art?

UN ECOSYSTEME QUI COMPREND UNE FOIRE MAJEURE ET DES FOIRES OFF POUR PENSER LA CARRIERE DES ARTISTES

Art Basel c’est également la Liste, une foire off, avant-marche de la Foire.

Gizela Michiewicz

Gizela Michiewicz, dont c’est la première exposition à Bâle, à la Galerie Stereo, de Varsovie, travaille des sculptures bizarres avec des excroissances en d’autres matières, comme des collages (marbre et tissus, métal et plâtre…). Géométrie, jeu de formes et intrigues au programme!

Une salle entière de bijoux, sculptures et cuirs découpés de Lakela Brown,  fait plonger le visiteur dans un univers très esthétique, grinçant et total.

Lakela Brown

Lakela Brown

 

 

Zoé Paul

Les tapisseries sont à la mode à la galerie Brenden Athens, avec une exposition monographique de Zoé Paul. Une pyramide de sable, quelques pas plus loin, évoque d’autres horizons et la fugacité (le temps de la foire) ou l’éternité du temps (un modèle de construction spirituelle universellement à la mode). Je citerais également Michel Blazy et ses tennis qui poussent, chez Art Concept; Anthony Gormley et sa sculpture de métal très aérienne chez Galleria Continua ou Christiane Löhr, qui invite à regarder de près des sculptures miniatures végétales, très poétiques et solaires.

 

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