Elektro Mathematrix et Le lambeau: deux façons motivantes de faire face au confinement

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En période de confinement, on regarde des images et on lit des mots qui nous interpellent suffisamment pour oublier notre condition.

Une comédie musicale réaliste

Le spectacle de danse semblable à une comédie musicale de Bianca Li, Elektro Mathematrix, raconte une journée dans la vie d’élèves américains, dans un lycée technique. Pas de paroles mais une expression des corps permanente, dans un style Hip hop, sur fond musical plutôt techno. Le cocktail fonctionne à merveille car l’humour domine dans les joutes, les jeux de groupe, la dynamique d’investissement de tout le collège.

Une vie de groupe cimentée par la danse

Cet objet étrange rappelle qu’être élève, c’est se soumettre à une discipline d’horaires et de comportement, et vivre cloîtré dans un univers délimité, préparé et organisé par des adultes. L’alternance entre sports et vie intellectuelle permet d’équilibrer la journée et le besoin de défoulement des jeunes. La vie de groupe crée les repères qui nourrissent une sociabilité inclusive et détendent l’ambiance. 

Réenchanter le quotidien

Plusieurs leçons à tirer: marcher, courir, découvrir le périmètre qui nous est offert en liberté ouvre le regard sur l’environnement proche et permet de réenchanter son quotidien; la danse entraîne dans la joie ceux qui la pratiquent; elle fait spontanément sourire ceux qui la regardent et cette micro-société agissante nous rappelle l’importance et l’énergie du groupe ainsi que la nécessité de ne pas perdre de vue les autres, au-delà des différences. A méditer pendant le confinement…

Une grave blessure, un chemin vers la vie

Dans un autre registre, Philippe Lançon, victime des attentats contre Charlie Hebdo, raconte dans Le lambeau,comment son retrait physique du monde (du fait de plusieurs opérations très lourdes de la mâchoire) lui a permis de le réinvestir autrement. Son long séjour à l’hôpital lui a procuré une  condition nouvelle de patient, prisonnier des décisions des chirurgiens qui le suivent. Cette situation lui a permis de s’immerger dans des lectures profondes et vitales (Marcel Proust, Thomas Mann) ou bien dans des musiques qui éloignent les souffrances (Bach, Beethoven) ou les accompagnent en les adoucissant.

De nouveaux partages d’expériences culturelles,

inédits au regard du modèle de vie qui était la sienne antérieurement, ont surgi avec ses protecteurs (flics ou infirmières). Son chemin de croix vers la guérison a été très pénible, mais on suit avec fascination le travail de description minutieux qu’il effectue pour qualifier ce qui lui arrive, ses sensations et ses sentiments. 

Une attention différente à son environnement, intuitive

Dans le confinement, l’attention prêtée à l’environnement proche, le fait d’observer la manière dont on vit et expérimente de nouvelles habitudes, rendent l’enfermement (légèrement) comparable à celui de l’écrivain. Pour ce dernier, l’horizon se rétrécit. Il éprouve le besoin de se raccrocher à des rituels, comme la lecture de certains passages de livres fétiches au moment de descendre au bloc par exemple. La douleur contraint la pensée, et emplit l’espace mental disponible. Ce qui se situe hors de la chambre, de la salle d’opération, n’existe plus. De même, l’impossibilité de voyager, de s’aventurer au-delà d’un kilomètre autour de chez soi en période de Covid-19, trace un mur invisible, propre à chacun. 

Et sur le fond, la reconstruction progressive de ce journaliste-écrivain, qui produit un article de ci-delà quelques mois après son traumatisme, se heurte naturellement à l’incompréhension progressive du grand public. Lequel s’attend, de fait, à un retour à la normale rapide puisque le verbe, sans l’image, revient vainqueur. 

Un lent retour à la normale: que garder avec soi?

De même, le retour progressif à la normale, pour beaucoup d’entre nous, créera une coupure avec cette période bizarre. A quel rythme oubliera-t-on les merveilles qu’on y déguste, du calme dans la ville au chant des oiseaux, de l’air pur à la profusion culturelle gratuite en ligne, en passant par la solidarité nouvelle entre voisins ou la redécouverte de la force de la famille à une époque de l’individualisme triomphant?

Pour apprécier une écriture pleine d’humour et de force littéraire, lire Le lambeau aide à vivre, un peu mieux, un peu plus, ce temps étiré du confinement.